Daniel Cousso connaît bien le métier d'usineur mécanicien. Il l'a appris au Lycée d'Enseignement Professionnel de Nogaro. A dix sept ans, il est engagé dans une société de mécanique de Pau. Mais sept ans plus tard, ce fils d'agriculteur décide de rentrer au pays. « La terre de mes parents était trop petite pour reprendre l'exploitation. Et de toute manière j'adorais déjà mon métier. » Avec son épouse Christine, il installe un premier atelier place Dufour. Il a quelques relations qui lui permettent rapidement de décrocher ses premiers contrats. Une grande partie de l'industrie du Sud-Ouest vit de la sous-traitance des grands avionneurs. Cousso ne faillit pas à cette règle et commence à travailler pour Messier Dowty qui fabrique les trains d'atterrissage des Airbus. Il décroche ensuite un contrat avec Turboméca, spécialiste des turbines d'hélicoptère.
Des boulons explosifs.
L'entreprise se développe rapidement et passe à huit personnes : il faut déménager ! En 1982, un nouvel atelier est construit à côté du château d'eau à la sortie de Nogaro sur la route de Laujuzan. Il s'y trouve toujours et occupe aujourd'hui plus de 1200 mètres carrés. « Au début, nous fabriquions des pièces mécaniques sur des machines conventionnelles. Maintenant nous sommes équipés en machines numériques qui sont pilotées par l'informatique. Nos clients nous passaient commande et nous fournissaient la matière première : de l'aluminium, du titane ou des alliages spéciaux. Nous étions seulement chargés d'usiner les pièces. Maintenant, nous faisons tout à partir des plans numériques que nous recevons. Nous commandons les matières, notre bureau des méthodes détermine les processus de fabrication et nous assurons aussi le contrôle des pièces. »
Avec le développement de l'aéronautique et de l'aérospatiale les activités de Daniel Cousso prennent de l'ampleur. Après vingt cinq ans d'existence, la société emploie cinquante quatre personnes. Elle fabrique des pièces de structure pour les carrosseries d'avion et des axes d'articulation pour les trains d'atterrissage. Elle se diversifie en réalisant des pièces pyro-techniques capables d'exploser : par exemple des boulons pour faire sauter les cockpits d'avions militaires afin de laisser la place au siège éjectable en cas d'accident. « Avec ces technologies, nous entrevoyions des marchés pour la fusée Ariane qui a besoin de pièces explosives pour la séparation de ses éléments. »
Touché par la pneumonie.
Si Daniel Cousso travaille avec des clients éloignés, la plupart de ses collaborateurs sont issus du terroir. « Tout le monde ici vient de la région de Nogaro. J'ai embauché des jeunes qui ont été formés au LEP ou qui viennent d'Aire-sur-l'Adour. » Comment l'entreprise a-t-elle vécu ces dernières années de crise ? « Nous avons subi un ralentissement avec tout ce qui a porté tort à l'aviation : la pneumonie atypique, les événements du 11 septembre ou la guerre en Irak. En 2003 la France devait vendre 400 avions environ. Elle n'en a livré que 300. Malgré cela, notre ancienneté, notre expérience, notre compétence et surtout nos coûts adaptés au marché nous ont permis de tenir. Mais il faut aller chercher les clients. Pour la première fois cette année j'ai pris un stand au salon du Bourget et ça s'est révélé très positif, même si ça représentait un investissement. » Daniel et son épouse Christine s'avèrent être des gestionnaires prudents. Ici, pas de dépenses excessives pour épater la galerie. « Nous sommes avant tous soucieux de la qualité. Nous avons reçu le label Qualifas qui est remis par le Gifas (Groupement Industriel de Fabrication Aéronautique et Spatiale). En 2003 l'entreprise a réalisé un chiffre d'affaires de quatre millions d'euros, légèrement en baisse par rapport à l'année précédente.
Mais Daniel Cousso reste optimiste. « Je pense que nous avons un avenir car nous savons réaliser des pièces complexes. Demain les écrous et les rondelles seront sans doute fabriqués à l'étranger mais on aura encore besoin de notre compétence. Je crois que nous avons donc une forte capacité à nous développer. » Reste à trouver le personnel adéquat : « Nous avons mis en place des contrats de qualification et d'apprentissage pour préparer l'avenir. » On a donc toutes les chances de voir l'entreprise fêter son cinquantenaire à Nogaro.
Jean-Louis Le Breton